La nécessité : la force invisible qui gouverne la conscience
- Petrux
- il y a 2 jours
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La mauvaise question de l'humanité
Pendant des milliers d'années, l'humanité s'est posé la mauvaise question. Nous avons voulu savoir comment devenir de meilleurs êtres humains. Nous avons inventé des religions, des philosophies, des systèmes politiques, des codes moraux et des lois. Nous avons appris aux enfants à être polis, généreux, courageux, respectueux. Nous avons récompensé certains comportements, condamné les autres, élevé des héros et désigné des coupables.
Pourtant, malgré des siècles d'éducation morale, les mêmes conflits continuent de traverser l'humanité.
Les mêmes guerres.
Les mêmes injustices.
Les mêmes dominations.
Les mêmes blessures.
Comme si nous tentions inlassablement de réparer les conséquences d'un mécanisme dont nous ignorions toujours le fonctionnement. Et si nous nous étions simplement trompés d'objet d'étude ? Et si le respect, l'amour, la culpabilité, la justice ou l'égoïsme n'étaient pas les forces qui gouvernent l'être humain ? Et s'ils n'étaient que les symptômes visibles d'une mécanique beaucoup plus profonde ?
Depuis toujours, nous regardons les aiguilles de l'horloge. Peut-être est-il temps d'ouvrir le mécanisme.
Avant la morale, il existe une force

Aucun être humain ne naît avec une idée du respect. Aucun nouveau-né ne connaît la justice. Aucun animal ne ressent l'obligation morale d'être généreux.
Ces notions appartiennent au langage des civilisations. Elles sont précieuses pour vivre ensemble, mais elles ne constituent pas le moteur de la vie. Avant toute morale, avant toute culture, avant même le langage, une seule force anime chaque être vivant.
La nécessité.
La nécessité de respirer. La nécessité de manger. La nécessité de se protéger. La nécessité de créer. La nécessité d'aimer. La nécessité d'être reconnu. La nécessité de retrouver son équilibre lorsqu'il est rompu...
La nécessité n'est pas une valeur. Elle n'est pas une opinion. Elle n'est pas une idéologie. Elle est la dynamique fondamentale par laquelle le vivant cherche continuellement à préserver son intégrité et à retrouver son harmonie. Elle est peut-être la première réalité de la conscience.
Tout le reste n'est peut-être qu'une tentative humaine pour décrire ce qui se produit lorsque cette nécessité est comprise... ou ignorée.
Le créateur des besoins (pure invention humaine) est la source de la création du sysème économique de nos jours mais surtout la déconnexion de la mécanique profonde : se connecter à la "nécessité".
Quand nous confondons les conséquences avec les causes
Nous croyons que certaines personnes sont respectueuses. Peut-être savent-elles simplement reconnaître la nécessité de l'autre.
Nous croyons que certaines personnes sont égoïstes. Peut-être tentent-elles maladroitement de répondre à une nécessité qu'elles ne savent ni comprendre ni exprimer.
Nous croyons que la culpabilité révèle une faute. Mais elle révèle souvent autre chose : l'écart entre une nécessité profondément juste et une manière encore immature de la mettre en œuvre.
Depuis des siècles, nous jugeons les comportements. Nous parlons des aiguilles. Nous oublions le ressort.
Le respect n'est plus une règle
Cette confusion change tout. Car si la nécessité est la source, alors le respect cesse d'être une règle. Il devient une capacité. La capacité de percevoir ce qui est réellement nécessaire, pour soi comme pour l'autre, à cet instant précis.
Il n'existe plus un respect universel applicable à toutes les situations. Laisser quelqu'un seul peut être un abandon. Ou un immense acte d'amour. Dire non peut être une violence. Ou une protection.
Partir peut être une fuite. Ou une libération. Le geste ne porte jamais son propre sens.
C'est la nécessité qu'il sert qui lui donne sa véritable nature. Voilà pourquoi la morale atteint si souvent ses limites. Elle juge les actes. La conscience cherche à comprendre ce qui les met en mouvement.
Lire la nécessité
Nous passons notre vie à vouloir être de bonnes personnes. Mais peut-être devrions-nous d'abord apprendre à devenir de bons lecteurs.
" Lire notre propre nécessité. Lire celle de l'autre. "
Comprendre que chaque être humain possède un équilibre intérieur aussi réel qu'un équilibre biologique. Lorsque cet équilibre est ignoré, quelque chose se dérègle. Le corps se fatigue. Les émotions se crispent. Les relations s'usent. La violence apparaît. Lorsque cet équilibre est reconnu, le mouvement redevient naturel.
Donner ne ressemble plus à un sacrifice. Recevoir ne ressemble plus à une dette. Dire non ne détruit plus la relation. Dire oui ne signifie plus disparaître. Le flux retrouve simplement sa juste direction.
L'amour comme équilibre des nécessités
Nous avons longtemps cru que l'amour consistait à s'oublier. Puis nous avons cru qu'il consistait à penser d'abord à soi. Ces deux visions sont incomplètes. Une relation durable ne naît ni du sacrifice de sa nécessité, ni de l'imposition de sa nécessité. Elle naît lorsque deux êtres deviennent capables de faire dialoguer leurs nécessités sans que l'une n'efface l'autre.
C'est peut-être là que prennent naissance les vertus que nous admirons depuis toujours.
Le courage devient la capacité d'assumer une nécessité malgré la peur.
La générosité devient le partage naturel d'une énergie qui peut désormais circuler.
La gratitude naît lorsque nous reconnaissons qu'un autre a volontairement ajusté sa propre nécessité pour préserver la nôtre.
Et l'amour cesse d'être un idéal romantique.
Il devient la qualité de présence qui permet à deux êtres de protéger mutuellement leurs équilibres sans jamais se posséder.
Vers les lois de la nécessité
Alors peut-être que la véritable révolution de la conscience n'est pas morale. Elle est mécanique. Pendant des millénaires, nous avons tenté d'apprendre aux êtres humains ce qu'ils devaient faire. Peut-être est-il temps de comprendre ce qui les met en mouvement. Car lorsqu'un être humain apprend enfin à reconnaître la nécessité qui le traverse, puis celle qui traverse l'autre, quelque chose d'étonnant se produit.
Le respect n'a plus besoin d'être enseigné.
La justice n'a plus besoin d'être imposée.
La culpabilité cesse d'être un juge pour devenir un signal.
L'amour cesse d'être un effort.
Ils émergent naturellement, comme les conséquences visibles d'un équilibre retrouvé.
Peut-être avons-nous passé des siècles à perfectionner la morale. Alors que, depuis le commencement, c'est la mécanique de la conscience qui attendait d'être découverte.




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