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La politesse : la nouvelle forme d'esclavage

  • Petrux
  • 19 janv.
  • 3 min de lecture

Il existe des mots que l’on apprend très tôt.Des mots doux. Des mots propres. Des mots qui font de nous des êtres bien éduqués. ("S’il te plaît. Merci. Désolé.") .


On nous a appris qu’ils étaient le socle du vivre-ensemble.Qu’ils pacifiaient le monde.Qu’ils rendaient les relations plus humaines. Et pourtant… Je crois aujourd’hui qu’ils sont devenus, dans bien des situations, le masque le plus élégant de l’injustice moderne. Quand la politesse devient une délégation forcée.



Quand la politesse devient une délégation forcée


Regardons une scène banale :

— > "Tu pourrais me servir un verre d’eau, s’il te plaît ? ou Tu peux m’ouvrir la porte ? ou Tu peux faire ça pour moi ? "


Ces phrases semblent inoffensives. Elles sont dites calmement. Poliment. Avec le sourire parfois. Mais posons-nous une question simple : Pourquoi cette personne ne le fait-elle pas elle-même ?


Dans beaucoup de cas, ce n’est ni un empêchement, ni une incapacité.C’est un choix. Un choix de ne pas mobiliser son propre effort,et de mobiliser celui d’un autre à la place. La politesse devient alors une technologie douce de commande. On ne donne pas un ordre. On le maquille. Et parce que la demande est polie, refuser devient presque impoli.


L’apprentissage précoce de la domination polie


Ce mécanisme apparaît très tôt.Chez les enfants. Non pas parce qu’ils sont mauvais — mais parce qu’ils sont intelligents. Ils comprennent vite que :


  • demander poliment fait agir l’autre

  • demander poliment évite l’effort

  • demander poliment déplace la charge


Et peu à peu, sans le vouloir, nous leur apprenons que la politesse permet d’utiliser le temps et l’énergie des autres. Ce n’est plus une question de lien. C’est une question de confort personnel. Et l’adulte reproduit exactement la même mécanique, à plus grande échelle et avec plus de justification.


Le « désolé » : anesthésiant moral


Il y a une autre formule encore plus perverse : le pardon automatique.

—> " Désolé. ou Excuse-moi. ou Je suis vraiment désolé"


Une fois, deux fois…Pourquoi pas. Mais quand le même comportement se répète, le pardon cesse d’être un acte de conscience. Il devient un outil d’autorisation à recommencer. Dire “désolé” sans changer, ce n’est pas de l’humilité. C’est une stratégie. Une manière d’imposer à l’autre :


  • « Accepte mon abus, je l’ai enveloppé de bonnes manières. »


À partir d’un certain seuil, le pardon n’est plus un accident : c’est une décision. Et une décision répétée est une position consciente.


Le sur-pouvoir masqué par la bienveillance


Il existe une vérité inconfortable : Trop de politesse, trop de pardon,révèlent souvent une position de sur-pouvoir. Le sur-pouvoir n’est pas toujours brutal. Il peut être souriant, calme, aimable. Il consiste à :


  • prendre la place de l’autre sans le dire

  • utiliser son temps sans le reconnaître

  • exploiter sa disponibilité sans la respecter


La politesse devient alors un voile. La bienveillance, un camouflage. On n’impose plus par la force. On impose par les codes sociaux.


Reprendre sa place n’est pas être impoli


Je le dis clairement :je n’accepte plus cela. Je n’accepte plus que l’on prenne ma place sous couvert de politesse. Je n’accepte plus que mon temps libre serve à compenser le confort des autres. Je n’accepte plus que l’on s’excuse à répétition pour continuer exactement pareil.


Dire non n’est pas un manque d’éducation.Dire non est un acte de respect de soi. Refuser de servir n’est pas un rejet de l’autre.C’est un rappel des responsabilités de chacun.


Vers une nouvelle éducation relationnelle


Il est temps de poser une question essentielle : Et si la véritable politesse consistait à ne pas déléguer ce que l’on peut faire soi-même ?. Et si la vraie bienveillance était :


  • de demander seulement quand c’est nécessaire

  • de s’excuser seulement quand il y a transformation

  • de respecter le temps et l’énergie comme des ressources sacrées


L’esclavage moderne ne porte plus de chaînes. Il porte des mots doux. Et c’est précisément pour cela qu’il est si difficile à voir. Revenir à une relation juste,ce n’est pas enlever la politesse. C’est lui retirer son pouvoir de domination.


Et redonner à chacun ce qui lui appartient : sa place, son temps, son effort, sa responsabilité.






 
 
 

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