Le Pouvoir : L’Art de Naviguer sur la Crête de l’Injustice
- Petrux
- il y a 3 jours
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Le pouvoir fascine parce qu’il promet une issue. Il nous fait miroiter la sortie de la dépendance, de la peur et de l’impuissance. Il nous murmure qu’en contrôlant davantage, nous rendrons la vie plus juste. Mais le pouvoir n’est jamais neutre. Il n'est pas mauvais, certes, mais il n'est jamais innocent.
Avant d’être une domination, le pouvoir est une capacité beaucoup plus subtile : celle de ne plus dépendre.
1. Le Piège de l’Indépendance
Dans sa forme la plus noble, le pouvoir est une souveraineté. C’est ne plus être contraint, pouvoir décider sans validation, exister sans béquille. C’est un repli nécessaire pour se reconstruire.
C'est ici que le piège se referme. Car dès que l'un ne dépend plus, l'autre dépend encore. Toute indépendance crée une asymétrie. Et toute asymétrie est un berceau pour l'injustice.
L’injustice n’est pas toujours une violence intentionnelle ; elle est souvent le simple fruit d'un décalage de position. Celui qui ne dépend plus oublie vite ce que cela coûte d’avoir besoin. L'injustice ne commence pas par un cri, elle commence par un silence : une décision prise sans l’autre, un espace qui se réduit sans être nommé.
2. La Crête : Une Frontière Vivante
Le pouvoir n’est pas un territoire, c’est une frontière. Une ligne aussi fine que la crête d’une montagne. D’un côté, votre espace intérieur : vos besoins, votre survie, votre intégrité. De l’autre, l’espace de l’autre : sa liberté, son territoire émotionnel.
Entre les deux ? Pas de mur. Juste une ligne instable, faite de principes et d'accords tacites. Cette ligne, c’est le pouvoir. Décider, c’est choisir un côté de la crête. Il n’existe pas de décision parfaitement pure : chaque choix réduit l’espace de quelqu’un. Soit vous réduisez le vôtre pour préserver l’autre, soit vous empiétez sur l’autre pour vous préserver.
Le pouvoir est, par nature, la capacité souveraine de créer une injustice.

3. Quand l'Injustice devient Invisible
Le danger ne réside pas dans la possession du pouvoir, mais dans son inconscience. L'injustice s'enracine quand le pouvoir devient une identité. Quand la position devient une vérité, et la capacité un droit.
À cet instant, l’injustice ne se voit plus : elle se justifie. Le déséquilibre n'est plus un accident de parcours, il devient un système.
4. La Maîtrise : Le Mouvement plutôt que la Pose
Être conscient de son pouvoir, c’est accepter que la crête bouge. La véritable intelligence relationnelle n'est pas de chercher une position fixe, mais de sentir le mouvement :
Savoir quand on a trop pris, et avancer vers l’autre.
Savoir quand on s'est trop réduit, et se replier vers soi.
Le véritable équilibre n’est pas l’absence d’injustice, mais une équité chronologique entre l’injustice que l’on s’inflige et celle que l’on impose aux autres.
5. L’Exil ou la Ruine : Le Paradoxe des Extrêmes
Regardez celui qui donne trop. À force de ne jamais poser de limites, son pouvoir s'épuise. On ne le respecte plus, car il n'y a plus de frontière à heurter. Son pouvoir de don finit par l'effacer. C'est la ruine.
Regardez celui qui prend trop. À force de réduire l’espace d'autrui, il finit seul dans le sien. Il n’y a plus personne à influencer, plus personne à aimer. Son pouvoir de prise finit par l'isoler. C'est l'exil.
Conclusion : Naviguer
Le pouvoir de prendre mène à la perte. Le pouvoir de donner mène à la ruine. Le vrai pouvoir n’est ni dans l’un, ni dans l’autre. Il est dans la conscience de la crête. Il ne s'agit pas de posséder, mais de savoir naviguer. Savoir quand avancer, et quand se retirer.




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